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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 22:18

Très bon livre.


Un livre qui survole ce qui ne va pas dans la psychologie, la philosophie, la politique humaine ces derniers temps; facile à lire car allant à l'essentiel sans verbosité inutile; bien documenté, sur des sujets peu évoqués ici et sans crainte d'aller dans le polititquement délicat à évoquer.

Un livre sur les principes, d'une part, avec par exemple "c'est une faute impardonnable que de transiger sur les principes fondamentaux sous l'éternel prétexte que les autres ne seraient pas prêts à les adopter. Il n'y a pas des droits de l'homme pour l'Europe, et d'autres droits de l'homme pour l'Afrique, l'Asie, ou pour le monde musulman."

Livre sur la décolonisation et ses travers, soulignant des responsabilités de l'occident avec par exemple << Souvent l'on entend dire que, dans les pays du Sud, l'Occident s'est aliéné "même" les élites les plus modernistes. [...] Il faudrait surtout dire [...] que l'Occident s'est "surtout" aliéné les élites modernistes, tandis qu'avec les forces rétrogrades, il a constamment trouvé des accomodements, des terrains d'entente, des convergences d'intérêt.>> mais aussi livre qui n'élude pas la responsabilité des peuples autrefois colonisés et surtout de leurs dirigeants dans leur évolution pas toujours reluisante. L'analyse dans cette partie du livre m'a paru particulièrement pertinente, réfléchie, et pas partisane ou "binaire". Un cas par cas très instructif. En particulier, la cas de Sukarno en Indonésie est très intéressant; plus encore le cas de Mossadegh en Iran; que serait devenu le monde si l'occident n'avait pas détruit ces régimes beaucoup plus sains ? Comme le dit l'auteur, "C'était la Guerre froide [...]. Mais si l'excuse n'est pas recevable pour les crimes communistes de Budapest en 1956, elle ne l'est pas non plus pour les crimes anticommunistes de Djakarta en 1966". Je ne connaissais pas Mossadegh avant de lire ce livre, et c'est bien de lire ça pour se dire que le monde aurait pu tourner autrement. Les meilleures pages que j'ai lues pour préciser, sans extrémisme, les responsabilités des colonisateurs dans l'évolution du monde, notamment musulman.

Livre sur la finance, un tout petit peu mais de manière percutante, avec les fameux discours de Greenspan, directeur du Federal Reserve Board, qui avait admis qu'il n'avait vraiment rien compris et rien vu venir, comme d'ailleurs tous ses collègues; discours capital vu qu'il a été prononcé par un type supposé maitriser parfaitement la situation. En conclusion, "Est-il besoin d'ajouter que [...] ce dérèglement financier est aussi [...] un dérèglement dans notre échelle des valeurs ?"

Livre sur l'écologie, pas assez technique (l'auteur dit lui-même ne pas être scientifique) mais pondéré, suggérant, de manière très intéressante, l'essort de la culture pour l'amélioration de la vie intérieure, pour réduire la frénésie de consommation. Les sciences et les arts au secours de la décroissance pour sauver la planète de la pollution ? Pourquoi pas. Peut-être qu'on mangera moins de viande (activité, à forte dose, hautement malsaine et hyper polluante) si on lit plus de philosophie, d'économie, de physique quantique; ça m'a l'air crédible. Remarquons qu'il aurait pu citer d'autres activités à pollution nulle et saines qu'il faudrait encourager autant que la philosophie ou l'étude de la relativité générale: la sexualité, la sieste... (non vous ne trouvez pas que c'est une bonne idée ?)

Livre sur les valeurs donc, vie intérieure, ouverture; l'auteur m'a fait bien plaisir par une argumentation soignée sur l'importance de l'éducation et la culture. Deux outils puissants contre le racisme et contre la bêtise surconsommatrice.

Il cite Toynbee, qui disait qu'il y a eu une longue phase préhistorique où les innovations étaient suffisamment rares pour que l'humanité s'uniformise, technologiquement, avant que de nouvelles innovations arrivent; puis qu'il y eut une période où les innovations se succédaient trop vite et où donc les civilisations, bien distinctes, se sont multipliées, avant une période finale où tout se réuniformise par l'accélération des communications. Il parle de Mandela , qui est allé boire le thé chez la veuve de Verwoerd pour bien montrer qu'il fallait la paix et non la vengeance.

Surtout, il parle longuement du monde musulman, et l'image de Nasser dans ce monde, de la perception que le monde mulsulman a eu des cinquante dernières années. Un point de vue intéressant, en tout cas pour ceux qui, comme moi, n'ont pas l'impression d'y connaitre grand chose. Au passage, on apprend quelques actions du jeune Saddam Hussein, à 22 ans; on comprend mieux comment il est devenu ce qu'il est devenu. L'impact de l'étrange mort d'Abdessalam Aref, tombé d'un hélicoptère. Quelques pages aussi sur la mesure de l'attentat suicide, de loin plus volumineux que les actes des kamikazes japonais, et ce que ça montre. Saddate et la façon dont il a été perçu. La comparaison avec la psychologie du monde chinois est intéressante.

Sont aussi cités les pays communistes musulmans, soulignant d'ailleurs que les similitudes avec les autres pays communistes montrent qu'il y a des déterminants politiques plus forts que les déterminants religieux. L'auteur consacre d'ailleurs des pages intéressantes à discuter l'impact de la religion, moins fort que l'on ne le dit, dans les pays musulmans malgré les préjugés qu'ont souvent les occidentaux sur ce sujet. L'existence d'une pensée anti-occidentale, irritée par Israël et les affres de la décolonisation, est abondamment précisée.

Livre qui propose des solutions, aussi; l'auteur propose notamment de favoriser le dialogue israëlo-palestinien entre les diasporas en Europe ou en Amérique, et de favoriser la pacification entre monde musulman et occident via les nombreuses personnes qui viennent chez nous et qui sont idéalement placés pour réconcilier ces mondes. Notons la discussion sur le contraste entre la perception que les occidentaux ont souvent des immigrés et la réalité (fortement diplômée) de cette population.

Des bémols ? Bien peu; simplement en tant que non expert, je me sens peu qualifié et n'ose trop dire que j'ai trouvé ce livre formidable, alors qu'il faut bien dire que si l'auteur avait glissé des âneries dedans je ne l'aurais pas vu... Donc je n'ai pas un avis expert, mais ça m'a vraiment intéressé.

Des idées originales, comme celles selon laquelle la centralisation du catholicisme (contrairement à l'Islam) a évite les dérives les plus extrémistes. Disons que ça aurait été pire sans centralisation selon l'auteur.

On rira un peu aussi, avec ces braves loufoques qui disent que le monde a été créé par Dieu le 22 Octobre en -4004, à 8h du soir - la parole de Dieu est drôlement précise, et ce sacré farceur a poussé l'humour jusqu'à vieillir des carcasses de dinosaures dans notre sol pour éprouver notre foi.

Quelques jolies citations du Prophète: "Le meilleur des hommes, c'est le plus utile aux hommes." "L'encre du savant vaut mieux que le sang du martyr." "Les savants sont les héritiers des prophètes." "Cherchez le savoir, jusqu'en Chine s'il le faut". "Etudiez, du berceau jusqu'à la tombe". Et cette phrase du Talmud: "Le monde ne se maintient que par le souffle des enfants qui étudient."

 

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Published by teytaud - dans Littérature
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