Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 22:49
J'ai beaucoup aimé "Les sociétés animales: lions, fourmis et ouistitis", de Cézilly, Giraldeau et Théraulaz, aux éditions Le Pommier.

Les troupeaux de lionnes sont plus grands qu'ils ne devraient pour une chasse optimale. Est-ce-que c'est parce que les lionnes sont bêtes ? Un peu. Profondément, elles sont sélectionnés par l'efficacité individuelle, or dans ce cas comme dans beaucoup l'optimum pour chacun n'est pas l'optimum pour le groupe. Les théoriciens des jeux ne seront pas surpris. Le point sympathique dans cet exemple est qu'il est numérique et pas seulement qualitatif, contrairement à la plupart des cas cités plus bas.

Du bon livre à 8 euros, facile à transporter en métro.


Citons un deuxième cas "assez" quantitatif, avec la prévision du taux de capucins damiers qui préfèrent voler la nourriture de leurs collègues, plutôt que participer aux recherches de nourriture; prévision en fonction de la densité des ressources et du volume des ressources. Les damiers capucins sont instinctivement doués en théorie des jeux semble-t-il. Qui fait le calcul du taux de voleurs attendu chez l'espèce humaine ?

Pour la suite, rappelons que polyandrie signifie plusieurs mâles pour une femelle et polygynie plusieurs femelles pour un mâle.

Que penser de ces femelles qui se regroupent pour séduire un mâle ? Chez les lions, c'est ainsi que les femelles attirent un mâle tout en gardant la force d'empêcher l'infanticide. Le mâle, en effet, s'il le peut, préfère largement tuer les enfants déjà présents pour favoriser sa propre descendance. On peut pas dire que ça ait l'air optimal globalement pour l'espèce. Il serait élégant de mathématiquement prédire la taille des groupes de lionnes dans ces polygynies, pour voir si on est dans une situation évolutivement stable, c'est-à-dire individuellement optimale, ou si une sélection naturelle à l'échelle du groupe a développé quelque chose d'un peu plus près d'un optimum global (même si on se doute que ça ne peut être une coopération totale, vu l'espèce d'équilibre complexe pour éviter que monsieur ne consomme les enfants).

Parlons des leks. La compétition sexuelle peut conduire à des situations où les mâles s'entassent à des endroits parfois complètement dépourvus de toute ressource naturelle, ce qui est sans doute dommageable à l'espèce. Les femelles viennent, choisissent le mâle qu'elles veulent (et souvent il y en a un ou deux qui récupèrent toutes les occasions de procréer) et repartent. La compétition sexuelle chez les animaux me laisse parfois pantois; il faudrait voir la part de sélection au niveau du groupe et au niveau de l'individu pour y comprendre quelque chose, et puis mieux comprendre le mécanisme peut-être... Là j'ai eu le sentiment de ne pas vraiment avoir compris le fond de l'affaire; comment l'évolution produit elle ces cas où un très grand nombre d'individus acceptent de n'avoir aucune chance de se reproduire ? Peut-être qu'il y a matière à analyse mathématique, comme dans le cas de la taille des troupeaux de lionnes, pour voir si on est dans un optimum au niveau individuel, ou si un niveau plus global a pu opérer par sélection de groupes vis à vis d'autres groupes...

Ah, la réutilisation de techniques acquises pour une tâche pour une autre tâche, ça va plaire aux informaticiens. Ainsi, les fourmis gèrent-elles l'agrégation des cadavres de congénères comme elles transportent des boules de terre (les connaisseurs parleront mieux que moi du langage à ce propos, qui est peut-être né incidemment à d'autres progrès de l'homme). Sacrés bestioles ces fourmis. Les informaticiens aimeront aussi les discussions sur la stigmergie, qui est l'art de trouver quoi faire juste en fonction de ce qu'on observe immédiatement sans trop de mémoire, à l'opposé des cas de séquentialité où l'on agit en fonction de sa mémoire seulement. Les matheux pourront faire l'analogie avec les catégories de planification.

On trouvera aussi dans le livre une analyse (un peu vite fait) de l'organisation sexuelle en fonction des contraintes physiologiques et des ressources naturelles présentes, supposée prédire les variantes de polygynies. On s'éloigne un peu du quantitatif, mais sans sombrer dans le flou.

On apprendra que la polyandrie est observée seulement chez quelques oiseaux et primates, et aussi que les hippocampes sont de sacrés amoureux.
L'hippocampe très tendre et très monogame ?


On verra des exemples d'espèces où des individus deviennent physiologiquement incapables de descendance et s'investissent dans l'aide à leurs proches (au sens génétique), de manière à diffuser leurs gênes.

L'éthologie est un domaine toujours amusant où l'on pourra trouver la prostitution chez les animaux, le mensonge au conjoint, la monogamie, toutes ces choses pas si spécifiquement humaines que ça. Et oui, il y a des insectes monogames. Dans d'autres livres sur l'éthologie on trouvera une explication de l'avantage reproductif de l'homosexualité chez les oies (ce n'est pas dans ce livre-ci je crois). Dans le livre "Life at small scale" on trouvera des cas intéressants de très forte collaboration entre animaux, puisque certains microbes sont capables de suicide dans l'intérêt de la communauté. La valeur n'attend pas le nombre de micromètres.

Voilà, un peu, mais peu quand même, de quantitatif de théorie des jeux. Il reste des choses à faire sans doute. Signalons pour ceux qui veulent adapter la théorie des jeux à la nature que la schizophrénie a parfois été interprêtée comme un moyen individuellement très sous-optimal mais collectivement utile; bientôt plus sur ce sujet dans ces lignes. Mais je doute que la théorie des jeux arrive à nous faire comprendre qu'un type décède en copulant avec une pelleteuse (voir mon article sur le médicolégal pour plus d'informations là-dessus).
Ca vous fait envie, vous ?

Partager cet article

Repost 0
Published by teytaud - dans Recherche
commenter cet article

commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 17/03/2012 12:41

Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-29. - THÉORÈME GOTIT. - 6 ÉNIGMES JEUX HASARD.