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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 12:21
Un très beau livre, pour enfants mais pas seulement, que j'ai lu avec beaucoup de plaisir avec mon fils. Même pour adulte un bien joli livre sur la différence, l'adolescence, la rencontre. Le plus épatant pour moi est que ça parle à des petits bonhommes de 7 ans, ce que je n'aurais pas deviné.



Je trouve peu à dire; mais la longueur de mon commentaire n'est pas à la mesure de mon grand respect pour ce livre, qui m'a convaincu de la grandeur, parfois, de la littérature jeunesse. Je tâcherai de regarder les autres livres de Mme Ferdjoukh!
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Published by teytaud - dans Littérature
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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 12:10

J'ai adoré. Dépaysement assuré; un des livres qui m'a le plus marqué.

hagakure.jpg


Bon, ça n'est pas vraiment applicable de nos jours. Si vous appliquez la règle consistant à pourfendre toute personne qui vous bouscule, même s'il s'excuse poliment, sous prétexte que c'est la seule conduite digne pour un homme un vrai, il y a fort à parier que la vie va devenir compliquée dans le métro aux heures de pointes.

Mais le livre est "vivifiant", comme disait Mishima ("Quel ouvrage vivifiant et combien humain", disait cet écrivain quelque peu brutal). Les idées sur la mort sont particulièrement intéressantes, et, en effet, vivifiantes. Il faut sans doute toutefois adapter à la vie moderne l'idée selon laquelle, lorsque l'on a le choix entre vivre et mourir, il faut immédiatement choisir la mort.

Signalons que malgré un côté extrêmement "réactionnaire", bien peu pacifiste, le livre est sur certains aspects plus ouvert qu'on n'aurait osé l'espérer. On peut certes trouver un peu dépassé ce livre qui raconte un courant de pensée à peu près éteint (en dehors des films, dessins animés, livres), on peut aussi trouver que les samourais étaient un peu bourrins et "grégaires" (au sens où ils se conforment à une voie sans beaucoup la faire évoluer) et que le shintoisme qui transparait évoque une vaste secte médiévale, on peut enfin trouver assez peu utiles les connaissances sur le thème de la décapitation (la tête doit elle être complètement coupée ou non pour une bonne esthétique ?), le
livre reste fort agréable pour son folklore, pour la description
de la notion de voie, pour sa description de la gestion de la peur chez les samourais (du type si l'on sait ce que l'on doit faire, on n'a pas peur de le faire - mais c'est mieux dit et plus profond que ça n'en a l'air dans ma courte ligne de résumé). Certains thèmes présents dans cette traduction anglaise (incomplète elle aussi, mais la version intégrale serait sans doute trop laborieuse pour les lecteurs d'aujourd'hui) ne sont pas abordés dans les versions francophones, du moins à ma connaissance.

L'anglais est facile d'accès pour les francophones qui ont des souvenirs de lycée, et ce livre en anglais peut donc plaire à un public français qui souhaite une traduction un peu complète.

Certains sujets surprendront par rapport à l'image que l'on pourrait avoir a priori des samourais, comme l'homosexualité, la vieillesse - surprenante ouverture et maturité de l'auteur, voire touchant point de vue, d'un auteur vieillissant, sur le grand âge.

Ci-dessous une édition française, moins complète je crois (je les ai lus à pas mal de temps de distance, je ne garantis pas).

haga2.jpg


Signalons enfin l'immense supériorité, à mon avis, de ce livre sur le traité des 5 roues, beaucoup cité et beaucoup plus limité à l'art de casser la figure à son prochain.
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Published by teytaud - dans Littérature
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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 21:28

Une jeune narratrice moyennement sympathique (pour moi :-) ) raconte une courte période de temps où elle découvre la sexualité (majoritairement lesbienne), plus ou moins l'amour, et même le goût/sens des responsabilités. Elle fait aussi connaissance un peu mieux avec ses parents pour voir qu'ils sont plus remarquables qu'elle ne le croyait avant; et même que certains de ses amis qu'elle prend pour des gamins ne sont pas forcément plus gamins qu'elle tout le temps. Ca fait beaucoup, c'est l'adolescence en rythme accéléré; et pour compliquer les choses c'est dans une Inde qui change pas mal aussi. Les incohérences de la narratrice sont bien celles de l'adolescence;
je me suis même surpris à la trouver attachante comme une presqu'enfant même si elle a l'air casse-pieds comme une vraie ado.

Je vais commencer par le point qui m'a énervé, mais j'ai aimé ce livre. Ce qui m'irrite donc d'abord; quelle déception devant le retour régulier des analogies entre relations humaines et sciences dures. Certes, c'est tellement isolé dans le livre qu'on pourrait presque le découper pour faire une version 2 du livre, une version sans ça, pour enlever cette tâche. Ca donne l'impression d'avoir été rajouté a posteriori, et c'est une couche de trop; pas pertinente, pas intéressante. Oui, nous montrer le goût de la narratrice pour les sciences était intéressant; une chose de plus à acquérir à cet âge (enfin, pour certains :-) ), et c'est un élément quii collait bien avec la personnalité de la bête. Mais les analogies sont des fiascos, et laissent penser que l'auteur maitrise mal les sujets techniques qu'elle a voulu inclure. Pas d'élégance, pas de rigueur, rien de bien dans ces analogies; et elles reviennent régulièrement, donnant le sentiment d'une intention.

Bon j'arrête de ronchonner sur ce point de détail qui fait vérue, pour en venir à ce qui m'a plu. Ce roman, en plein dans les transitions, de l'adolescence mais aussi de l'Inde (intéressant sujet de la discrimination positive !), est une vraie réussite avec sa narratrice trop grande pour l'enfance et trop petite pour le monde adulte; aussi, une ado moderne mais psychologiquement si enracinée dans le système des castes.

Bon, je m'enthousiasme peut-être vite, j'ai très peu lu de livres sur l'adolescence; peut-être que les gens qui en ont lu des kilos vont trouver ça moins plaisant que moi :-)
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Published by teytaud - dans Littérature
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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 15:23
Une saine lecture, accessible sans longue expérience de la vie, tout à fait recommandable à partir de 12 ans.

Jean Dutourd (D), de l'Académie Française, a écrit << L'âme sensible >>,
livre qui s'ouvre sur une jolie définition de l'âme par Alain:
"L'âme, c'est ce qui refuse le corps. Par exemple, ce qui refuse
de fuir quand le corps tremble, ce qui refuse de frapper quand le
corps s'irrite, ce qui refuse de boire quand le corps a soif, ce qui refuse
de prendre quand le corps désire, ce qui refuse d'abandonner quand le corps a
horreur. Ces refus sont des faits de l'homme. [...]"
Exercice pour les neurologues: en acceptant cette définition, localiser
l'âme dans le cerveau humain :-)



Cette définition sert de base pour glorifier l'esprit de contradiction, le goût à s'opposer; ceci sera le guide de lecture de D, pour s'attaquer à un texte de Mérimée (M) sur Stendhal (S). Les lignes qui suivent discutent donc en quelque sorte d'un livre où D parle de M qui parle de S.

D, qui n'aime pas tout le monde, incendie au passage Sautelet, Victor Cousin, un peu Mérimée aussi, André Rousseaux, Canova, André Gide, Alain Fournier, etc.

D écrit simple et direct; il aime S, et se positionne fréquemment dans la même
catégorie que S; l'Histoire et les histoires sont appelées à la rescousse
pour souligner les similitudes entre S et D.
D s'apprécie lui-même en appréciant S. Ce n'est après tout
pas le moindre des mérites du livre, car S, comme D, a connu de
grandes tranches d'Histoire et de belles histoires, qui pimentent adéquatement
l'ouvrage.

D dit n'écrire que pour quelques uns; le monde pour lui se répartit en beaucoup de
sots et quelques grandes âmes; affirmant notamment l'importance du courage physique
dont S et lui ont fait preuve. Ce n'est pas si fréquent, comme le dit D pour s'absoudre
de faire sa propre promotion, et c'est donc plaisant par rareté; par contre, le courage de faire la vaisselle, de
changer les couches, de gérer les enfants, de faire la lessive, n'est pas le sujet du livre.

On parle dans ce livre de gaieté dans les circonstaces les plus graves comme preuve et moyen de grandeur d'âme;
on parle de savoir-vivre dans les salons (les salons sont d'ailleurs défendus comme succédané de la guerre
pour voir le coeur des gens); c'est, sans ironie de ma part, beau comme tout, avec quelques belles et intéressantes
lignes au passage sur la gentillesse originalement définie.
Par contre on ne trouve pas dans l'ouvrage le courage et le savoir-vivre du quotidien ou de la persévérance, qui ne sont pourtant pas rien:

- aujourd'hui, alors que l'opportunisme l'emporte chez nos politiques, la persévérance et la dignité sur la durée ne sont pas rien, et on aurait aimé une idée de grandeur d'âme qui ne néglige pas cela;

- aussi, alors que l'on ne néglige plus totalement dans les devoirs d'un humain d'aujourdhui
la gestion du quotidien ou des enfants (pas comme à l'époque ancienne où ces tâches étaient totalement renvoyées à la moitié la moins bien défendue de l'humanité), d'autres formes de grandeur d'âme méritent a minima d'être évoquées;
mais enfin, D est de son époque et de son milieu et ses points de vue s'en ressentent; cela dit,
son livre est très joli dans son périmètre bien défini. Remarquez qu'avec la définition d'Alain
on peut tout à fait faire entrer aussi ces aspects dans la grandeur d'âme; mais le texte de D par contre
est ciblé sur une petite partie de ce qu'on peut couvrir avec cette définition.

On peut apprécier l'astucieuse construction autour de l'esprit de contradiction,
inspirée par la définition donnée par Alain, habile car permettant de dire tout et son contraire;
on s'abstiendra ici de relever les contradictions; il ne s'agit pas d'un ouvrage scientifique,
mais de façonner, par touches, une idée de l'âme, de la grandeur d'âme.

C'est beau, la grandeur d'âme, mais qui va mettre à sécher le
linge ? La grande âme change-t-elle des couches, passe-t-elle l'éponge, ou laisse-t-elle ça aux "domestiques" (terme
qui revient plusieurs fois, quand il s'agit de mépriser; on méprise au détour d'un paragraphe
aussi ceux "qui ne savent pas lire").

Merci D, S et M pour les belles lignes sur l'amour, où sont joliment délimitées ou agrégées l'idée Don Juan (pour
de faux) et l'idée du coeur sensible. Dans l'esprit général du livre, on verra l'idée très vieille France (très
répandue sous l'Empire selon M) selon laquelle une femme doit être prise d'assaut; j'aurais aimé voir l'avis
de D sur la question symétrique (un homme doit il être pris d'assaut ?) qui aurait eu le mérite d'être plus
originale. Mais enfin, on sent bien que c'est un peu révolutionnaire, comme question, pour un livre
qui prend ses racines quelque part sous Napoléon.

Peu de contradictions, en fait, des "grandes" traditions, quel que soit le domaine; c'est le charme de l'ouvrage, tout
d'une pièce; tout en conservatisme pour certaines choses; c'est son périmètre plus que sa limite tant il est vrai que sur ce
créneau bien défini, et dans la limite d'une certaine idée de la grandeur d'âme, il y avait à faire et c'est bien fait.
Un ouvrage donc où D se mouille peu; essentiellement d'accord avec la postérité concernant la critique littéraire ou musicale, à l'exception néanmoins de Tchaikovski (ou il corrige prudemment le tir dans une note postérieure à l'édition originale,
la longévité de D faisant qu'il a pu voir ce que décida la postérité finalement) et Gide (où D persiste, il faut dire
que Gide et D ne sont pas dans la même tendance). On n'envisagera pas d'autre monde que le notre avec "L'âme sensible",
juste un retour un arrière et de l'idéalisation de certains aspects;
on n'apprend rien des détails où est pourtant souvent le diable; on voit par contre ce que le 18ème siècle
a fait de beau dans le cadre qui était le sien; un cadre où pas mal de choses n'étaient pas envisageables.

Enfin, D décrit S dans sa vie à partir de S dans ses écrits, tout en disant (contradiction) pour s'opposer à Sainte-Beuve qu'il ne faut pas remonter à l'auteur à partir de l'oeuvre; peut-être est-il périlleux pour D de s'opposer, quant à l'homme S plutôt que l'écrain S, à M qui a le mérite d'avoir connu tant l'homme que l'oeuvre.

Ce livre est conforme à l'idée que je me fais d'un livre qui contient sur la couverture "de l'Académie Française";
les enfants pourront passer par ce livre de la tradition chevaleresque, souvent en vogue vers 7 ou 8 ans, à l'idée
"Les grandes âmes à la guerre", ou "Les grandes âmes dans les salons", ou encore "Les grandes âmes et l'amour". Ils n'iront pas jusqu'à "Les grandes âmes au bureau", "Les grandes âmes avec leurs enfants", "Les grandes âmes au
quotidien".

On sent (et D le dit) que D s'emmerde un peu en temps de paix (p214 dans l'édition Folio, n°46). C'est lorsqu'il
dit qu'en temps de paix les grandes âmes se voient moins que j'ai le moins envie de le rejoindre; peut-être
est-ce vrai, mais seulement pour sa conception à lui de la grandeur d'âme. Il est vrai que si on commençait
à se dire que la grandeur d'âme est multiforme, que si changer une couche est certes moins glorieux que s'évader
des prisons allemandes et être résistant il n'en est pas moins vrai que changer pas mal de centaines de couches
sans flemme et épanouir ses enfants en gardant le sourire est par contre une forme de grandeur d'âme aussi,
et l'on se dirait même que des types comme Churchill (ou D, ou S, ou Napoléon, ou Einstein) sont grands par certains côtés mais aussi inévitablement bien petits par d'autres; et D est allergique à cette idée, avec ses catégories (les sots, les grandes âmes), ses hiérarchies simples.

Voilà voilà; j'ai bien rigolé, j'ai appris des choses, j'ai vu un point de vue, c'est très académile française, c'est très 18ème; malgré le côté un peu acide de mes lignes il n'empêche que le livre est disons marquant; il a une personnalité ce bouquin.
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Published by teytaud - dans Littérature
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